07/05/2017 10:11 | Lien permanent | Commentaires (0)

Stratégie énergétique 2050: un défi digne de la Suisse

 
 
Notre pays a toujours relevé les grands défis. Les barrages, les tunnels à travers les Alpes témoignent de cette volonté de pionnier. Les objectifs de la Stratégie énergétique 2050 s’inscrivent dans cet état d’esprit. Ils sont ambitieux mais réalistes. Vouloir réduire la consommation de 43% d’ici à 2035 en améliorant l’efficacité énergétique et en promouvant les ressources renouvelables n’est pas une utopie. D’autant plus que nous en avons aujourd’hui les moyens sans mettre en danger notre approvisionnement énergétique.
 
Nous disposons d’un large potentiel dans le photovoltaïque, l’éolien et la géothermie. L’hydroélectrique, le bois et la biomasse offrent aussi de belles perspectives. Sans oublier que les progrès technologiques ont permis de baisser les coûts des énergies vertes. En dix ans, le prix du photovoltaïque a été divisé par dix. Une belle opportunité!
Par ailleurs, les Suisses sont de plus en plus nombreux, cinq personnes sur six, à vouloir recourir à l’énergie renouvelable locale, selon un sondage. Le tournant énergétique est non seulement possible mais souhaité. C’est un bon compromis helvétique.
 
La Stratégie énergétique 2050 est surtout une formidable opportunité pour l’économie. Le secteur de la construction pourrait par exemple trouver un nouveau souffle avec le marché de la rénovation énergétique des bâtiments. Mieux encore. Les énergies renouvelables et la gestion efficiente des ressources naturelles vont booster l’innovation et favoriser la création de nouveaux emplois. Le tournant énergétique ouvre de nouveaux horizons à nos entreprises et à nos PME, tout en garantissant notre prospérité. Il donne surtout à notre pays l’opportunité de renforcer sa détermination à créer, à anticiper, à réaliser, et de rester dans le club très convoité des champions de l’innovation.
 
L’innovation est en effet inscrite dans l’ADN des Suisses. Le canton de Vaud n’échappe pas à cette règle. Lui qui est le moteur de la croissance en Suisse romande. Il mise sur la transition énergétique. Dans ce contexte, il a élaboré un ambitieux programme baptisé «100 millions pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique».
L’aide du canton de Vaud a notamment permis la réalisation d’un projet novateur dans le domaine du stockage de l’énergie et de la gestion des réseaux, développé conjointement par l’EPFL, Romande Énergie et la société Leclanché. Avec ce projet, Leclanché a décroché une commande de 28 millions au Canada. Des dizaines de collaborateurs ont pu être embauchés sur son site d’Yverdon. L’énergie verte est bien le modèle de croissance de demain.
 
Le 21 mai, la Suisse sera à la croisée des chemins. La Stratégie énergétique 2050 rendra notre pays moins dépendant de l’étranger et de l’atome et garantira un approvisionnement en énergie sûr, propre, local et durable. Dire oui, c’est l’occasion de repenser notre modèle de développement, de prendre nos responsabilités en créant les conditions d’un monde durable pour les futures générations.
 
 

30/04/2017 09:41 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’emploi avant tout!

Ver_2_of_DANTHINE_Jean_Pierre_FC01129.jpgIl n’est pas de critère de succès plus important pour une économie avancée que sa capacité à offrir un emploi à tous ceux qui souhaitent travailler. À l’aune de ce critère, la performance de l’économie suisse est remarquable. Le taux d’emploi y est élevé, le taux de chômage bas, alors même que les bas salaires y sont parmi les plus hauts du monde. Rien n’est jamais acquis cependant; il faut jalousement préserver ce trésor en évitant toute mesure de nature à péjorer cette performance exceptionnelle: priorité à l’emploi! Cela étant, dans un monde où les individus sont libres de se former (ou pas) dans les domaines de leur choix, sans considération explicite pour les compétences demandées par l’économie, le plein-emploi à salaires élevés tient un peu du miracle. D’autant que des salaires hauts et en croissance vont inévitablement de pair avec des exigences de plus en plus fortes en matière de productivité. Il est dès lors légitime de poser la question de savoir si, même avec les atouts qui sont les siens, une économie décentralisée comme l’économie suisse peut continuer à assurer un emploi pour tous, y compris pour ceux et celles qui, pour des raisons diverses, ont du mal à suivre le rythme.
 
Ne faudrait-il pas compléter les mécanismes de marché (guidés par les besoins des entreprises) par une action publique pour l’emploi ciblée sur les compétences des personnes laissées au bord du chemin, les travailleurs ayant épuisé leur droit à l’assurance-chômage, les personnes à l’aide sociale, les sans-abri? Il s’agirait d’offrir à tous les exclus du marché du travail régulier la possibilité de participer à des travaux ou services d’utilité publique. L’idée serait bien sûr de leur assurer un revenu de subsistance mais de le faire d’une manière plus constructive qu’au travers d’un revenu universel inconditionnel. En offrant aux personnes concernées la possibilité d’apporter une contribution à la société en échange d’un revenu mérité, on les aiderait à retrouver ce sentiment de dignité lié au travail rémunéré que ne garantit pas la simple réception d’un chèque et qui est le premier pas vers la réintégration dans le circuit de l’emploi.
 
Utopie? Non, seulement une question de priorité. Les villes d’Albuquerque et de Portland, notamment, se sont engagées dans ce sens. Elles ont développé des programmes de mise au travail des sans-emploi et des sans-abri. (Voir par exemple, le lien ci-dessous.) Et ce n’est pas une coïncidence. Car c’est au niveau des communautés locales que de tels investissements pour l’emploi (c’est bien d’investissements qu’il s’agit: des ressources devraient être engagées mais leur rendement social, et sans doute aussi financier pour le secteur public, serait très largement positif) sont les plus naturellement concevables. Les villes possèdent les informations et les contacts avec les demandeurs d’emploi; elles sont les mieux à même d’identifier les interventions les plus utiles à la collectivité. Elles devraient aujourd’hui réfléchir à accepter un rôle d’employeur de dernier ressort.

Jean-Pierre Danthine, Professeur honoraire à l'UNIL et président de l'Ecole d'économie de Paris

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23/04/2017 09:28 | Lien permanent | Commentaires (0)

La dérive des incontinents

mec.PNGLe Petit Robert donne plusieurs sens au mot «incontinence», le dernier s’appliquant à une absence de retenue en matière de langage, avec pour synonyme logorrhée. On pourrait en étendre le sens aux conséquences de tels abus de langage. Quand il a taxé l’Allemagne de «pratiques dignes du nazisme» parce que ce pays a interdit ses meetings de propagande, Recep Tayyip Erdoğan a franchi plusieurs lignes rouges. Celle de la décence: comme tous les champions du muselage de la liberté d’expression dans leur propre pays (et c’est la Turquie qui détient actuellement le record mondial du nombre de journalistes et écrivains emprisonnés), il pousse des cris d’orfraie quand on remet en cause sa liberté d’expression à lui.
 
Celle du respect du droit dans l’un des principaux pays d’accueil de ses ressortissants et de la liberté de ce pays de fixer ses propres règles et limites à cette forme d’ingérence. Celle du langage: l’usage des mots les plus déplacés, insultants et inadaptés est une pratique courante dans la volonté délibérée de créer le chaos chez les autres. À peine le résultat du référendum visant à renforcer encore ses pouvoirs connu, Erdoğan envisage maintenant de soumettre au peuple turc le rétablissement de la peine de mort. Et l’Europe se demande (jusqu’à quand?) s’il ne serait pas temps de rejeter définitivement sa demande d’adhésion à l’UE.
 
En Hongrie, membre de l’UE depuis 2004, c’est à l’Université d’Europe centrale (UCE) créée par le philanthrope et milliardaire Georges Soros (d’origine hongroise) – et à ses quelque 1500 étudiants – que Viktor Orbán s’attaque, avec une nouvelle réglementation fabriquée sur mesure afin de la fermer. Malgré les critiques internationales, la mobilisation de 900 chercheurs, de 17 Prix Nobel, et en dépit de la marche de 10 000 personnes à Budapest, le Parlement a adopté, par 123 voix contre 38, une loi visant à mettre un terme aux activités de cette prestigieuse université anglophone. Après que son pays a largement profité des largesses de l’UE, Orbán envisage désormais d’organiser une consultation contre l’UE.
 
La Pologne, elle aussi membre de l’UE depuis 2004, n’a de cesse de limiter la liberté d’expression et les libertés individuelles, visant là aussi un pouvoir «fort», au sens d’autoritaire. Si la droite nationaliste a dû reculer dans son projet d’interdiction totale de l’avortement, les droits des homosexuels sont remis en cause et les actes homophobes de plus en plus fréquents.
 
Que fait l’UE face à ses membres qui enfreignent ainsi ses règles et ses valeurs et aux pays candidats qui, comme la Turquie, de toute évidence, ne remplissent pas les critères d’adhésion? Pas grand-chose. Rien qui vienne restreindre cette dérive des incontinents et l’affirmation, en son sein même, de pouvoirs autoritaires pour lesquels la démocratie est un obstacle à leur accomplissement plein et entier.
 
Cette forme de violence commence bien naturellement par des attaques en règle contre la liberté d’expression: l’information et la culture sont des «virus» dont tout régime autoritaire promeut l’éradication.
Que le livre ait toujours été considéré comme un danger en soi par les dictatures de tout poil, voilà qui est plutôt rassurant. «Les mots sont des armes», disait Shakespeare! Et ils font mouche contre tous les obscurantismes, qu’ils soient économiques, raciaux, sociaux, religieux, politiques ou culturels. «Quand j’entends le mot «culture»…
je sors mon revolver», écrivait Hanns Johst au siècle dernier; «quand j’entends le mot revolver, je brandis la culture», pourrions-nous lui répondre. L’Europe au sens géographique (dont la Suisse fait partie) se doit d’être le fer de lance de la défense du livre et de la culture, contre les régimes autoritaires aux visées obscurantistes.
 
Que fait l’UE face à ses membres qui enfreignent ainsi ses règles et ses valeurs et aux pays candidats qui, comme
la Turquie, de toute évidence, ne remplissent pas les critères d’adhésion?
Pas grand-chose.
 
Pascal Vandenberghe, Président-directeur général Payot Libraire