12/02/2017 09:04 | Lien permanent | Commentaires (1)

Parlez-moi d'Amour

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matin cercel.jpgA deux jours de la Saint-Valentin je trouvais très opportun de vous parler un peu d’Amour, dans ce monde qui n’a de cesse que de vouloir nous montrer à tout prix et au quotidien que l’amour n’existe plus.
 
À l’heure où les barrières veulent à nouveau s’ériger autour de nombreux pays craintifs avides de pouvoir, à l’heure où des enfants s’échouent cruellement sur les plages de la Méditerranée comme des baleines, ou des familles entières ne savent plus quel chemin emprunter pour sauver ce qui leur reste, c’est-à-dire, juste leur peau. À l’heure où les attentats s’attaquent sadiquement à tuer au hasard parmi tous les peuples et citoyens de notre monde, à l’heure où le mensonge et la cupidité ont corrompu les plus grands hommes de notre planète, où les animaux et les grands arbres sont abattus sans vergogne afin que les terres rapportent plus encore, cela juste pour quelques-uns. Bien triste constat et malheureusement la liste pourrait continuer de s’allonger indéfiniment. Même si nous aimerions nous voiler la face pour nous protéger un peu, impossible. Comme chacun d’entre vous je suis victime de ces toujours ou presque mauvaises nouvelles qui n’arrêtent pas d’inonder mon smartphone, au même titre que ces innombrables publicités pour des jeux ignobles avec des images violentes qui s’imposent à mes yeux.
 
Suffit-il à présent de clamer: Je suis Charlie, je suis Paris, Nice, Berlin ou même Québec pour faire changer les choses. Malheureusement non, et nous le savons bien. Rien ne pourra ramener à la vie les victimes de ces crimes gratuits et nous nous sentons tous impuissants et même parfois coupables de cette déferlante de violence qui nous inonde et qui fait tristement partie, aujourd’hui, de notre quotidien.
 
Pourtant nous détenons tous en nous l’arme secrète universelle pour nous protéger de toute cette violence, de toute cette haine. C’est elle seule qui peut servir à améliorer la condition humaine de notre époque et de celle à venir. Elle est là, juste à notre portée, depuis la nuit des temps, pas même besoin de se baisser pour la ramasser, il ne suffit que de la faire vibrer à l’intérieur, tout au fond de notre cœur et de la laisser nous submerger.
 
C’est elle la clef de tous nos maux mais aussi de nos plus beaux succès. Elle ouvre à elle seule toutes les portes et ses bienfaits sont inépuisables.
 
Son symbole est connu sur les cinq continents, par toutes les religions et par toutes les nations. Sa forme est ronde comme le ventre d’une mère, sa couleur est rouge comme le sang qui coule dans nos veines ou comme les baccaras qui à elles seules représentent sans mot dire les plus beaux sentiments du monde, son nom: c’est l’Amour, l’Amour qui sonne si bien dans toutes les langues.
 
L’Amour peut se manifester en tout temps, il est partout, imprévisible, il nous étonne, il nous surprend souvent à nos dépens, il fait monter en nous un état de bien-être, de chaleur, de bonheur, de joie, il accélère nos battements de cœur. L’amour est le contraire de la peur, il est sans conditions.
 
Ne dit-on pas qu’il faut d’abord s’aimer soi-même pour mieux aimer les autres! Le simple fait de nous observer nous-même devrait nous procurer de l’amour pour nous-même. N’est-il pas merveilleux de contempler notre corps et son fascinant mode de fonctionnement, tout est tellement parfaitement à sa place. L’Amour, c’est aussi offrir dans le but de toucher le cœur de l’autre, ce geste est à double sens, le plaisir de faire plaisir, n’y a-t-il rien de plus beau que de pouvoir donner? La passion est remplie d’Amour, tous les passionnés vont mettre tellement de cœur à l’ouvrage que leurs travaux quels qu’ils soient seront perçus comme des cadeaux.
 
Pardonner aussi est un acte d’Amour, savoir se remettre en question et choisir de faire le premier pas envers l’autre. N’est-il pas gratifiant de raviver la flamme d’une amitié perdue? Oh oui; et pourtant lu comme cela, tout a l’air simple. Pour les plus anciens d’entre nous il y a un titre du chanteur Gilles Vigneault qui disait «Qu’il est difficile d’aimer».
 
Et si l’on essayait le 14 février prochain de se mettre tous en mode Amour en pleine conscience, au moins pour un jour. Ne pourrions-nous pas nous dire, en mémoire de toutes ces victimes, je suis Amour. Pas seulement pour les personnes que nous chérissons mais également pour toutes les personnes que nous allons croiser durant cette journée, je suis certaine que ce soir-là, nous nous endormirons tous avec le sentiment d’avoir pu faire quelque chose.

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05/02/2017 10:17 | Lien permanent | Commentaires (1)

Des méfaits de l’alternance?

Cercle.jpgLe combat de coqs Clinton-Trump et celui – dans la volière française – des candidats de gauche et de droite entre eux et contre ceux de l’autre tendance mettent en évidence la faiblesse voire le danger intrinsèque de l’alternance en politique, danger accru encore par un régime présidentiel.

Danger de l’alternance d’abord: à peine arrivé au pouvoir, M. Trump, républicain, n’a qu’une idée: défaire ce qu’a pu entreprendre son prédécesseur démocrate. En outre, il change tout ce qu’il peut dans l’administration afin d’y mettre ses hommes liges. Il n’en ira sans doute guère autrement en France quel que soit le candidat élu, M. Hamon représentant autant l’alternance, à gauche, que M. Fillon, à droite. Ce sera donc le grand coup de balai des ministères et des changements à beaucoup d’échelons de l’administration. Comment veut-on qu’un pays progresse à coups de démolitions successives?

Danger accru par un régime présidentiel: un seul homme ferait la pluie et le beau temps à l’exécutif; un seul homme promettrait un programme, miroir aux alouettes pour son élection, programme qu’il ne peut jamais remplir seul, à moins d’agir en vrai potentat, mais, dans un État occidental, en courant le risque d’un blocage social parce que la moitié de la population, qui est d’une tendance autre que celle du président, entend bien paralyser tout effort.

Et après que les candidats, tant aux États-Unis qu’en France, se sont couverts réciproquement de critiques, voire d’insultes pendant la campagne, et que les opposants se seront évertués à trouver mille péchés à reprocher au candidat le mieux placé qui leur déplaît, comment peut-on imaginer travailler sereinement au bien commun? La haine entre les candidats et parfois leur manque de respect les uns pour les autres incitent les citoyens à tomber dans l’infantilisme au point de gifler un candidat! Le spectacle est écœurant; l’élection de l’exécutif et en particulier d’une seule personne, le président, par le peuple est un mal, en tous les cas à l’époque du triomphe des réseaux sociaux.

On mesure, devant ce désastre, la chance qui est la nôtre, en Suisse, d’une part d’avoir toujours un collège exécutif et non pas un système présidentiel, et d’autre part de chercher à cultiver le principe de concordance.

Le système collégial que nous pratiquons à tous les échelons offre l’avantage premier de décourager les promesses fallacieuses, car chaque candidat à l’exécutif sait que, une fois élu, il devra composer avec quatre ou six autres élus de même rang que lui, dont il ne peut pas se débarrasser par le biais d’une crise ministérielle. Chacun des cinq ou sept membres de nos exécutifs collégiaux doit apprendre à chercher la concordance et ce, même parfois avec des collègues d’appartenance politique proche. Certes, les caractères ne sont pas tous de la même trempe, mais tous ont la même légitimité électorale, et c’est très important. Il peut y avoir, en Suisse, une sorte d’alternance politique en ce sens qu’un exécutif communal, cantonal ou fédéral serait tantôt à majorité de gauche, puis de droite, mais l’égale légitimité électorale de tous les élus à l’exécutif les oblige à chercher un consensus, y compris avec les minoritaires.

On se doit pourtant de relever que le système collégial risque de fonctionner moins bien, chez nous, quand l’élection a lieu par le peuple que lorsqu’elle est le fait du Parlement, car ce dernier sait probablement mieux composer un collège que ne le fait le hasard des votes populaires très affectifs.

En deux mots, la concordance, le collège exécutif et l’élection du gouvernement par le Parlement assurent mieux le bien d’un pays que l’alternance présidentielle avec élection populaire.

Suzette Sandoz, Ex-conseillère nationale libérale (VD)

29/01/2017 10:00 | Lien permanent | Commentaires (0)

Les entreprises suisses et la RIE III

001882A5_A38C823C874D9FA2E5B7F933926C109A.jpgJ’ai regardé lundi dernier l’émission «TTC», qui recevait Carole Hubscher, la présidente de Caran d’Ache. J’ai relevé beaucoup de points communs entre son entreprise et Payot: deux entreprises suisses avec chacune environ 300 employés et un chiffre d’affaires avoisinant les 100 millions de francs suisses, mais en tout cas supérieur à 50 millions de francs suisses, ce qui les exclut toutes deux de la catégorie officielle des PME. Avec des modèles d’affaires certes radicalement différents: Caran d’Ache fabrique en Suisse et exporte une grande partie de sa production, alors que Payot ne vend qu’en Suisse des produits principalement d’importation, achetés en Suisse. Mais quoi qu’il en soit, comme pour la plupart des entreprises suisses, le franc fort est un vrai défi, pour ne pas dire un handicap! À la fin de l’interview, Patrick Fischer a demandé à Mme Hubscher si elle envisageait de délocaliser sa production dans des pays aux coûts salariaux moins élevés qu’en Suisse. Elle a clairement répondu par la négative: pour Caran d’Ache, le «swissness» est prépondérant par rapport aux coûts de fabrication. J’ai été étonné que Patrick Fischer ne profite pas de l’occasion pour lui demander son avis sur la RIE III.

On a en effet lu et entendu beaucoup de politiques ou des organisations faîtières (patronales et syndicales) prendre des positions attendues sur cette réforme: grosso modo le monde de l’économie et la droite sont pour, le monde syndical et la gauche sont contre. Mais les prises de position de dirigeants d’entreprises suisses qui bénéficieront d’une baisse de l’impôt sur les sociétés, pourtant directement concernés, ont été étonnamment rares. Sans entrer dans la polémique des chiffres ni le combat idéologique auquel nous avons assisté, peut-être n’est-il pas inutile de s’interroger sur les effets concrets de cette RIE III, si elle obtient une majorité le 12 février prochain.

Certes, 60% des PME ne paient pas d’impôts sur les bénéfices. Mais ce sont surtout des micro-entreprises employant moins de 10 salariés. Ce qui signifie tout de même que 230 000 des 576 000 PME recensées (en 2014, dernier chiffre disponible) paient un impôt sur les bénéfices, et représentent certainement une grande majorité des quelque trois millions d’emplois de cette catégorie.

En ce qui concerne les sociétés «ordinaires» (sans statut fiscal) dans leur ensemble, PME ou plus grosses entreprises, 95% d’entre elles verront une baisse des impôts sur les sociétés en cas d’adoption de la RIE III. Vue d’ici, dans le contexte particulier (mais désormais structurel, semble-t-il) du franc fort, qui a mécaniquement obligé les entreprises à réduire leurs marges et par conséquent leurs charges, mais également leur capacité d’investissement, voire leurs fonds propres, une telle baisse d’impôts serait la bienvenue et constituerait une réelle «bouffée d’air». Croit-on vraiment que l’économie ainsi réalisée serait destinée à augmenter les dividendes ou la rémunération des dirigeants? Ce serait bien mal connaître l’attachement à la pérennité des entreprises de leurs actionnaires ou propriétaires, dans leur très grande majorité.

Lorsque j’ai racheté Payot en 2014, certaines personnes m’ont demandé si j’envisageais de déménager le siège social dans un canton plus «favorable» que le canton de Vaud. Je n’y ai pas songé un seul instant. Payot est une entreprise d’abord vaudoise, historiquement mais aussi dans son activité: cinq de nos onze librairies sont situées dans le canton de Vaud. Cela dit, je ne serais évidemment pas contre une baisse de l’impôt sur les bénéfices! Ici comme dans les autres cantons romands où nous opérons. Et même si la RIE III est rejetée, il faudra de toute façon trouver une solution pour répondre aux exigences, internationales d’une part, et d’équité d’autre part.

Pascal Vandenberghe, Président directeur général Payot Librairie