06/11/2011

C’est toujours une question d’équilibres

BROULIS_Pascal.jpgEtonnant comme s’inversent les tendances. Voici quelques jours encore, je recevais des lettres mettant en cause le développement du canton de Vaud. Trop rapide, trop important, trop inconfortable, synonyme de trains bondés, d’autoroutes embouteillées, de logements introuvables. Jusque dans certains partis politiques, jusqu’à la tête de certaines communes notamment sur La Côte, on revendiquait une «pause», un coup de frein.

Et puis l’entreprise Novartis a annoncé un plan de restructuration prévoyant la disparition de 1100 emplois en Suisse dont 330 à Nyon et Prangins. Et puis l’entreprise Kudelski à son tour a fait savoir qu’elle allait supprimer 90 emplois en Suisse. Le coup de frein est là. Et c’est contre la désindustrialisation du canton de Vaud que s’élèvent désormais les protestations.

Il ne s’agit pas de minimiser. Oui, la croissance vaudoise a été rapide ces dernières années, et elle comporte des défis en particulier sur le plan de l’adaptation des infrastructures et de la construction de logements.

Oui, entendre un géant helvétique de la chimie annoncer qu’il veut fermer, dans son pays, l’un de ses sites historiques de production représente une très mauvaise nouvelle, qui donne une idée des contraintes que la hausse du franc impose aux entreprises suisses. Le Conseil d’Etat s’est mobilisé et fera tout ce qui est en son pouvoir pour faire revenir Novartis sur sa décision, sans ignorer qu’il a devant lui une tâche ardue.

Mais il ne s’agit pas pour autant de peindre le diable sur la muraille. Le canton de Vaud s’est armé pour faire face aux difficultés qui peuvent se présenter. Le travail d’assainissement des finances, qui a été important toutes ces dernières années, permet en retour de significatifs efforts en faveur de l’industrie et de l’innovation. Au mois d’août dernier, sur les ressources dégagées par le réajustement de notre contribution à la péréquation fédérale (RPT), ce sont 50 millions de francs qui ont été alloués à ce titre. Et le budget 2012 prévoit d’augmenter encore ce montant pour le porter à un total de 75 millions.

Pour les infrastructures, le total des préfinancements liés aux projets d’agglomération, aux axes forts, aux différents types de mobilité se monte à 325 millions alors que 100 millions seront consacrés à faciliter notre virage énergétique. Dans le même temps, le canton peut – pour la première fois en vingt ans – alléger quelque peu la pression sur les contribuables en réduisant d’un point son taux d’imposition. Cela alors qu’il continue à remodeler, en l’allégeant aussi, la fiscalité des entreprises.

Ce que je décris ici, c’est une logique d’équilibres. Pour consolider sa position économique, le canton de Vaud s’est efforcé d’utiliser toute la palette des instruments à sa disposition. Il a notamment utilisé les exonérations d’impôts temporaires que les lois prévoient et qui permettent de favoriser l’implantation de nouvelles entreprises. Il a activement développé son caractère de pôle international du sport administratif. Il n’y perd pas. C’est toujours dans la durée, grâce à la création d’emplois et de richesses que les ressources d’un Etat s’affermissent.

Il faut garder ce cap. Les mauvaises nouvelles de ces derniers jours viennent rappeler qu’il est très dangereux de tenir sa situation pour acquise alors que la conjoncture et la compétition mondiale la rendent forcément instable. Les équilibres s’entretiennent tous les jours, patiemment mais avec constance.

Pascal Broulis, conseiller d'Etat vaudois