12/02/2011

La terre compte 7 milliards d’habitants. Et nous?

DESSEMONTET_1.jpgL’ONU vient d’annoncer que la planète compte désormais plus de 7 milliards d’habitants. Le chiffre donne le vertige: gamin dans les années septante, je me souviens encore d’un manuel de géographie qui ne décomptait que 4,5 milliards d’humains. Pour autant, la croissance démographique planétaire semble se calmer: les taux de natalité baissent un peu partout dans le monde, et on prévoit désormais une stabilisation de la population mondiale autour des 9 milliards vers 2050. Mon livre, lui, projetait 12 milliards d’habitants en 2050, et 30 milliards en 2100. Les défis à relever par cette population de 9 milliards d’humains seront nombreux, mais ils ne semblent plus aussi effrayants que du temps de mon vieux livre. Il faut certainement se réjouir de ce que le monde puisse entrevoir à terme la stabilisation de sa population à un niveau supportable. Et nous, pendant ce temps? Au moment où la croissance démographique mondiale s’assagit, la Suisse connaît l’évolution contraire: sa démographie explose. Lors des cinq dernières années, elle a renoué avec des taux de croissance inconnus depuis les Trente Glorieuses, ce temps d’avant les crises et les chocs pétroliers. Cette croissance est particulièrement forte en Suisse romande, dopée par celle de l’arc lémanique. Depuis 2004, le canton de Vaud ajoute chaque année l’équivalent de Gland ou de Morges à sa population. A Genève, c’est presque autant. A ce rythme, le cap des 8 millions d’habitants sera franchi l’an prochain, nous serons neuf millions dans une quinzaine d’années, et dix millions dans une génération.

Une prise de conscience semble se faire au sujet de la croissance démographique. Le discours politique l’intègre. On commence à entendre des voix, venant de tous côtés, qui s’inquiètent de cette croissance imprévue et indésirable, soit qu’elle menace l’identité du pays, soit son paysage et son cadre de vie. C’est oublier un peu vite qu’elle est d’abord la conséquence d’une excellente santé économique, à laquelle elle contribue par ailleurs largement. Ce n’est certainement pas un hasard si aujourd’hui de nombreuses collectivités publiques, à commencer par la Confédération, affichent des finances resplendissantes, à un moment pourtant où l’ensemble de nos voisins voient les leurs plonger. Cette croissance rend également infiniment plus aisée la gestion de nos assurances sociales, puisque cette poussée est majoritairement le fait d’une immigration jeune, qui financera largement le système lors des prochaines décennies.

Toutefois, cette belle santé financière est aussi un signe de notre inaction. Arc-boutés sur des objectifs de rétablissement des caisses publiques durant l’essentiel des vingt dernières années, nous avons du mal à passer à autre chose. Nous étions trop dispendieux: nous avons intégré à l’excès la parcimonie, au risque de péjorer le futur, à un moment où tout devrait nous pousser à investir massivement. Dans l’arc lémanique, nous sommes désormais aux prises avec une pénurie aiguë de logements, et des infrastructures proches du point de rupture. C’est dans ce contexte qu’elle absorbe en sus deux douzaines de milliers de personnes supplémentaires chaque année. On comprend dès lors que le temps nous est compté pour mettre à niveau notre parc de logements et nos infrastructures, avant que la situation ne se dégrade au point de dégrader la qualité de vie du gros million d’habitants concernés. Les finances publiques sont assainies: il est maintenant temps d’investir.

PIERRE DESSEMONTET
Géographe, fondateur de l’institut MicroGIS