26/09/2010

L’optimisme brésilien est-il contagieux?

2001_DERaebischer_02.jpgJ’ai eu récemment le plaisir d’accompagner le conseiller fédéral Didier Burkhalter dans son voyage officiel au Brésil. Parmi les «BRIC countries» soit le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, le choix du Brésil était particulièrement judicieux, celui-ci étant souvent oublié dans le domaine de l’éducation et de la recherche.

Au Brésil, l’éducation est une priorité nationale. Le président Lula l’a dit mieux que quiconque: «Notre gouvernement s’interdit de parler de «dépenses» en matière d’éducation. L’éducation est un investissement. La dépense, c’est quand on cesse d’investir dans l’éducation et qu’on est obligé de construire des prisons pour y enfermer les criminels.» Avec 80% d’opinions favorables, Lula reflète l’optimisme de cette nation. Sa réforme la plus audacieuse a sans doute été «la bolsa familia» qui consiste en une allocation versée aux mères de familles pauvres à condition que celles-ci envoient leurs enfants à l’école et qu’elles puissent justifier d’un carnet de vaccination. Simple mais terriblement efficace. Résultat de ses nombreuses réformes, l’économie aidant, Lula est crédité d’avoir sorti 25 millions de Brésiliens de la pauvreté qui ont rejoint la classe moyenne si importante pour l’économie. Il reste certes des ombres au tableau. La criminalité, même si elle diminue, reste un fléau de même que le népotisme, le clientélisme et la corruption toujours présents. Les écarts de salaires entre riches et pauvres restent choquants, de même que les inégalités entre le nord et le sud du pays.

Cependant, ce pays riche en matières premières diverses peut effectivement voir l’avenir avec confiance. Le pays est quasi-autonome sur le plan énergétique avec son énorme capacité hydroélectrique, ses centrales nucléaires et ses biocarburants dont il est le champion. De plus d’énormes gisements de pétrole ont été récemment découverts au large des côtes de Rio de Janeiro. La brésilienne Petrobras, une des plus grandes compagnies pétrolières du monde, vient d’y construire un centre de recherche flambant neuf qui n’a rien à envier à ceux de nos contrées. Elle engage des ingénieurs à tour de bras. De même que Embraer, l’avionneur brésilien ou Vale do Rio, la multinationale minière. Les universités brésiliennes peinent à former suffisamment d’ingénieurs pour les besoins du pays. Une aubaine pour la Suisse qui à l’opportunité de se profiler comme un partenaire de choix dans le domaine de la formation et de la recherche. La mise sur pied de programmes de recherche conjoints et d’échange d’étudiants signés au cours de notre voyage est un signe concret de cette volonté de collaboration.

C’est dans ce contexte que l’EPFL a décidé de s’engager en participant à la mise sur pied d’un centre de recherche à Natal dans le Nordeste encore peu développé. Ce Centre est l’œuvre de Miguel Nicolelis, un scientifique de renom qui partage son temps entre les Etats-Unis, la Suisse et le Brésil. Il est unique en son genre car il combine un Institut de recherche de pointe en neurosciences et un centre d’initiation aux sciences et à la technologie pour les enfants défavorisés de Natal. Un bel exemple de cette vision et de l’optimisme qui caractérise ce pays.

Il est temps pour la Suisse d’intensifier ses relations avec ce pays proche sur le plan culturel mais suffisamment éloigné géographiquement pour expliquer le peu d’interactions. Laissons nous envoûter par son optimisme contagieux.

Patrick Aebischer

Président de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne