03/07/2011

Fusion PDC-PLR: pourquoi ne pas commencer à Genève?

LORETAN_1.jpgL’idée d’une fusion PLR- PDC a du plomb dans l’aile au niveau national et les périodes préélectorales ne sont pas favorables à ce type de réflexion. Mais cette question va revenir après le 20 octobre. Et peut-être que des partis cantonaux devraient en prendre l’initiative. Et pourquoi pas Genève?

Le dispositif tactique pour les élections nationales s’y précise. PDC et PLR, les cousins de l’Entente, ont chacun accepté une alliance dite «ponctuelle» avec l’UDC. Contre un poste de juge à la Cour des comptes, l’UDC donne son soutien à la liste de l’Entente au Conseil des Etats. Il ne s’agit que d’un calcul de report de voix, sans aucune concession programmatique. Pour les uns, c’est le bon «truc» pour la reconquête par la droite genevoise d’au moins un siège au Conseil des Etats. Pour les autres, c’est vendre son âme au diable en troquant saint Thomas d’Aquin et Calvin contre Machiavel. L’Entente pense faire l’affaire du siècle car le prix du «deal» est modeste: juste laisser entrer un loup dans la bergerie des institutions de l’Etat. Ce «monnayage de postes» est courant en politique. Celui-ci est acceptable tant il est souhaitable que la représentation genevoise à la Chambre Haute soit rééquilibrée. Mais force est de constater que l’Entente s’allie à des partenaires dont l’idéologie diverge sur des points fondamentaux, notamment au niveau national. Elle ne croit plus en sa propre force à mobiliser un électorat en déclin. Et malgré toutes les alliances et accords électoraux, la polarisation du paysage politique se poursuit impitoyablement entre la droite nationaliste et la gauche écolo-socialiste, avec un centre droit éparpillé où les partis historiques persistent dans leurs querelles du passé plutôt que de s’unir autour d’un nouveau projet de société. Une bonne mécanique d’apparentements de listes permettra au pire de freiner l’érosion, au mieux de confirmer un statu quo fragile. Et après?

Après le 20 octobre, il y aura la tenue de conclaves afin de réfléchir aux futures alliances. Il y aura aussi des velléités de substituer à l’Entente une Droite Elargie à l’UDC. Mais dans ce débat-là, on ne pourra pas s’économiser une discussion sur le fonds de commerce idéologique de chacun. Dans ce sens, la création d’un parti de l’Entente, qui inclurait les Verts Libéraux, devrait également être explorée en lançant un véritable processus de rapprochement PDC-PLR. Un groupe de réflexion de l’Entente pourrait s’en charger. Sa mission serait de livrer dans les 6 à 9 mois un document s’attachant avant tout à définir un socle doctrinal commun ainsi qu’un projet de plate-forme programmatique. Ces réflexions pourraient être approfondies par les organes interpartis qui existent aujourd’hui déjà, l’objectif étant d’aboutir à des propositions concrètes dans les deux ans. Au seuil des élections au Conseil d’Etat.

Utopique me direz-vous? Pas si sûr. Nos militants sont réticents à la mathématique électorale des «apparatchiks», même «ponctuelle», et ne s’y plient qu’à contrecœur. Ils aspirent à retrouver une véritable vision de la société et de l’Etat, qui réponde aux questions et aux peurs du moment tout en se fondant sur des valeurs confirmées et non pas des slogans. PDC et PLR ont tous deux une belle relève de jeunes politiciennes et politiciens désinhibés. C’est avant tout à ces forces vives qu’il appartient de forger un tel projet, avant qu’elles ne soient rattrapées par les inévitables «machines et combines» de parti.

Raymond Loretan
ancien ambassadeur, constituant genevois et secrétaire général du PDC