27/11/2010

Genève, de quarante-cinq communes à quatre districts?

loretan.jpgRegroupement et fusion de communes, des thèmes actuels dans la plupart des cantons mais qui sonnent comme le tocsin aux oreilles des 45 communes genevoises. Les «fossoyeurs» sont pourtant officiellement mandatés par le peuple genevois. En février 2008, celui-ci plébiscitait la révision totale de sa Constitution et donnait ainsi son aval à une réflexion sans tabou sur les institutions et l’organisation de son territoire. Car le souverain est témoin de la mue inexorable de sa région en une agglomération franco-valdo-genevoise prometteuse et il a conscience que son canton en est le moteur. A l’image de James Fazy, qui fit sauter les remparts de la ville, les Genevois sentent que nos «fortifications» ne correspondent plus à la réalité d’aujourd’hui et que nous devons réinventer notre manière de vivre ensemble. Cet appel à plus d’espace est l’occasion d’une véritable réflexion sur l’organisation territoriale du canton. Et c’est certainement l’enjeu le plus chaud des travaux de la Constituante genevoise: réussir à mener ce débat de fond, c’est réussir sa mission. En septembre dernier déjà et à la surprise générale du landerneau politique, la majorité des membres de la Constituante s’est prononcée pour la création de quatre à huit «districts communaux».

L’objectif est clair: conforter le canton dans son rôle de leader de l’agglomération en lui permettant de se concentrer sur des tâches à vocation cantonale, régionale, nationale ou internationale et gagner ainsi en poids politique et renforcement identitaire. Ses autres compétences doivent être décentralisées et déléguées aux «districts». Les communes regroupées sous cette forme, deviennent réceptacles et titulaires de ce pouvoir transféré. La Ville de Genève prend la forme d’un district et son poids économique et démographique tend à s’équilibrer avec les autres districts qui, de par leur masse critique, sont de véritables interlocuteurs et partenaires du Canton.

Tout cela sonne encore comme un concept abstrait, déconnecté de la «Realpolitik». En vérité et dans le long terme, c’est la destinée naturelle de nos communes tant leurs compétences sont aujourd’hui limitées et leur autonomie étroite. Aujourd’hui déjà, elles collaborent de plus en plus entre elles tout en se plaignant peu ou prou de l’omnipuissance de la «Ville». Les districts seront des partenaires à égalité de la Ville de Genève et permettront aux communes regroupées de se réapproprier des compétences en mains du canton. Ne nous voilons pas la face, le diable est dans les détails et il faudra convaincre sur de nombreuses questions: répartition des compétences entre les trois niveaux, commune, ville et canton; processus volontaire de fusion de communes au sein du district; fonctionnement démocratique du modèle ou encore autorité de prélèvement de l’impôt et j’en passe et des meilleures.

Perte de temps pour une discussion à contre-courant du «politiquement correct»? Certainement pas, elle a le mérite de susciter le débat sur un découpage possible du territoire pour les cent prochaines années. Ne tuons donc pas l’idée dans l’œuf et prenons le temps de l’approfondir. Les citoyennes et citoyens, les communes et leurs organisations faîtières pourront le faire très prochainement en participant activement à la large consultation prévue dès février 2011. La réalité politique nous rattrapera bien assez tôt – au plus tard en 2012 – pour présenter au peuple genevois un projet de Constitution acceptable par la majorité. Mais donnons quand même une petite chance à l’utopie. Celle d’aujourd’hui s’est souvent révélée la réalité de demain.

Raymond LORETAN
Membre de Constituante genevoise

16/10/2010

Genève bouge. Merci pour elle.

longchamp.jpgGenève cristallise deux attitudes, l’une plus déplacée que l’autre. La première, c’est l’arrogance. Celle qui fait qu’un magistrat communal genevois parle de population «rupestre» en évoquant nos voisins vaudois. Parvenant ainsi à commettre, en un seul mot, deux fautes: l’une de vocabulaire, l’autre de goût.

La seconde attitude, tout aussi ridicule, c’est celle qui consiste à l’inverse à estimer que Genève ne serait qu’un tas d’enfants gâtés, un village gaulois empli d’irréductibles crétins. Cette posture a même valu à la langue de Dürrenmatt un néologisme, la «Genferei».Complexe d’infériorité? Je n’en sais rien. J’observe que nos amis zurichois ou bâlois subissent eux aussi, souvent, cette «Schadenfreude» de la part de leurs voisins alémaniques. Lorsque, par exemple, le titre de champion suisse de foot leur échappe. Ce qui, en passant, n’est plus arrivé depuis dix ans et les victoires de Saint-Gall et… Servette!

C’est dans cette seconde veine qu’excellent les médias romands depuis la fermeture d’une disco qui ne garantissait pas la sécurité de ses (très) jeunes clients. En simplifiant à peine: sans son «Moa», Genève sombre dans le spleen («Matin Dimanche» du 10 octobre 2010).

Amis romands, rassurez-vous: Genève va bien, même si une discothèque a dû, hélas et provisoirement, fermer ses portes. Tellement bien que nous continuerons de contribuer plus que n’importe qui d’autre à la richesse de notre pays. Grâce à la santé de ses finances et au travail de ses habitants, Genève consacre 221 millions par an à la solidarité avec les autres cantons. Magnanimes, les Genevois offrent encore chaque année 1,7 milliard (oui, c’est 1,5 fois la hauteur du jet d’eau en billets de mille) à la Confédération via l’impôt fédéral direct. Et ne croyez pas qu’on s’en plaigne: nous sommes fiers de soutenir notre pays. Car les Genevois, pour près de la moitié d’entre eux, viennent d’autres cantons. Genève est ainsi le plus suisse des cantons suisses, même s’il n’a jamais connu d’occupation bernoise.

Tout, bien sûr, peut être amélioré. Et c’est pourquoi les Genevois viennent de voter des projets d’envergure. La liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse, un nouvel hôpital universitaire ou un audacieux Musée d’ethnographie. A lui seul, l’aéroport de Genève vient d’investir 230 millions pour se moderniser et consacrera 350 millions de plus pour un nouveau terminal. Cet aéroport est au service de toute la Suisse romande, sans que cela coûte un seul centime aux autres cantons.

Nous avons un fort chômage, c’est vrai. D’ailleurs, toute la Suisse a été touchée par la crise économique mondiale. De septembre 2008 à février 2010, le nombre de chômeurs a augmenté de 84% en Suisse. Mais à Genève, grâce au dynamisme de nos entreprises, la hausse a pu être la moins forte de Suisse (35%). Dans le seul mois de septembre 2010, à Genève, 1800 personnes ont quitté le chômage. C’est l’équivalent de la totalité de l’effectif des chômeurs d’autres cantons romands!

Alors oui, nous avons nos grandes gueules et nos couacs. On ferme une disco. On rate un enterrement. Et sans doute avons-nous beaucoup à faire pour combattre la pénurie de logements. Mais malgré ça, Genève est un canton délicieux. Tenez: mercredi, nous allons inaugurer la nouvelle ligne TGV qui nous met à trois heures à peine de Paris. Aaaah, Paris… Ainsi va Genève!

François Longchamp
Président du Conseil d'Etat genevois