09/10/2011

La politique d’asile commande de parler vrai


LEUBA_1.jpgDe toutes les politiques publiques, celle qui concerne la migration est sans doute l’une des plus émotionnelles qui soient. Au-delà du ressenti, et indépendamment des sensibilités affichées, c’est souvent la passion qui s’exprime, non sans virulence parfois. Mais on ne saurait conduire les affaires de l’Etat au gré de cette effervescence, même dans un canton encore marqué par les errements liés à ce qui fut appelé l’exception vaudoise en matière de renvoi des requérants déboutés.

Les réactions manifestées en apprenant que l’un des figurants du dernier film de Fernand Melgar avait de lourds antécédents pénaux illustrent cette dualité: certains n’ont vu dans la situation de cet homme qu’une peccadille sans rapport avec la honte que leur inspire l’expulsion des étrangers, fussent-ils délinquants; d’autres en revanche, à l’évidence plus nombreux, n’ont pas caché leur exaspération, la poussant parfois jusqu’à faire porter le chapeau de la malfaisance à l’ensemble des requérants d’asile. Or, si le militantisme peut se nourrir d’un discours caricatural et généralisateur, qu’il soit angélique ou autoritaire, la responsabilité du magistrat lui impose de se tenir à l’écart de tout dogmatisme. Sa mission est d’abord de faire respecter la loi dans une réalité complexe, de traiter les problèmes au cas par cas, et d’agir avec le souci de la transparence.

Les questions migratoires commandent précisément de parler vrai. Il est ainsi de fait que près de 70% des personnes que le canton de Vaud a placées cette année en détention administrative en vue d’un renvoi dans leur pays d’origine ont été l’objet d’une condamnation pénale. Les statistiques révèlent en outre que ce chiffre est également celui du pourcentage de détenus étrangers dans les prisons suisses. On peut bien occulter ces données de peur d’agiter le chiffon rouge de la xénophobie ou du populisme, les minimiser, les relativiser au service d’objectifs idéologiques autres, ils n’en sont pas moins un élément tangible sur lesquels notre population doit pouvoir se forger une opinion hors des phantasmes et des intoxications.

Au nom de cette vérité, il faut rappeler en parallèle que le canton de Vaud est l’un de ceux qui obtiennent à Berne le plus fort taux de régularisations à titre humanitaire. Depuis 2007, ce sont ainsi 740 demandeurs d’asile qui ont bénéficié d’un permis de séjour par ce biais. Cette donnée est sans nul doute gratifiante pour l’avenir des personnes concernées, mais nous tromperions également nos concitoyens en ne polarisant notre politique d’asile que sur cet élément, aussi flatteur soit-il.

En la matière, notre canton prône une approche aussi équilibrée que possible: à la fois humaine et rigoureuse. Ce faisant, l’objectif n’est pas de ménager la chèvre et le chou, mais de mener une politique migratoire tout simplement cohérente. Nul ne comprendrait qu’elle puisse s’exercer de façon indistincte, et finalement injuste, traitant d’égale manière honnêtes gens et criminels. La ligne vaudoise est des plus claires: les étrangers lourdement condamnés ou multirécidivistes, eussent-ils payé leur dette à la société, n’ont pas fait la preuve de leurs bonnes dispositions à l’intégration. Ils doivent dès lors être renvoyés.

A battre villes et campagnes vaudoises pour y chercher des places d’hébergement supplémentaires, de séances publiques en débats vigoureux, nous saisissons une sensibilité différente de celle qui émane du mainstream culturel et politique. On y perçoit souvent l’expression diffuse d’un rejet, de frustrations, de peurs individuelles, voire de psychoses collectives. Tous les bons sentiments du monde n’y feront œuvre ni rassurante ni efficace là où la population réclame courage, détermination et vérité.

Philippe Leuba,
conseiller d'Etat vaudois