17/07/2011

Va-t-on dans le mur?

FAVRE-84.jpgJamais, au grand jamais, le monde n’a été aussi endetté, de milliers de milliards, comme aujourd’hui. Jamais les gouvernements n’ont autant imprimé de monnaie, les Etats-Unis en tête, ne correspondant pas du tout à une activité économique réelle. Et cela continue: le fameux «compteur de la dette publique» de Wall Street tourne à plein régime. Il augmente de plus de 100 millions chaque jour. Est-il donc pensable que cela continue ainsi, sans clash, indéfiniment?

Interrogeons les oracles habituels, banquiers, économistes et autres conseillers. Ils n’ont pas plus que nous de réponse, de «visibilité». Ils usent de la langue de bois et doutent, parlent même de «lugubre réalité».

Certains vont même jusqu’à prédire une «bonne» guerre à l’ancienne, pour «nettoyer» dans le chaos les écuries que sont devenus les comptes étatiques rouge vif. Ainsi, l’excellent Jacques Attali considère sérieusement qu’un ou des conflits d’importance deviennent très probables. Il l’écrit noir sur blanc. Marc Faber fait partie de ces catastrophistes. Il va jusqu’à dire que «les dollars finiront par valoir moins cher qu’un rouleau de tapisserie». Un Georges Soros parle, lui, de «fortes incertitudes», de «superbulle». Et l’Histoire montre qu’une majorité des guerres ont pour origine des déséquilibres, des crises ou la tentative de mainmise sur les ressources diverses. Ce n’est évidemment pas le dépassement du fameux pic pétrolier qui va calmer cette situation explosive de compétition pour les matières premières.

Il va falloir prendre en compte des situations inquiétantes complètement nouvelles. Par exemple, au hasard, la France s’enfonce dans les déficits de sa balance des paiements. En juin, en un mois, elle atteint le même montant qu’en l’année entière 2006. Sa guerre libyenne est un échec coûteux. La Chine a des réserves de change géantes, 3000 milliards de dollars, mais ses banques seraient (les statistiques chinoises sont du vent) au bord de l’implosion. Les analystes parlent de tour de passe-passe comptable, de dettes, partiellement cachées, de 3000 milliards de dollars pour les municipalités, sans compter 2000 milliards pour le gouvernement central. Le Japon subit Fukushima. La Grèce est un «Titanic». Mais l’Islande, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne voire l’Italie prennent l’eau. On comptait beaucoup sur le décollage du Brésil, qui ne tient pas toutes ses promesses. Les Etats-Unis sont grandement à la peine, et l’euro menacé. Les produits financiers prétendument structurés ont sévi. Les bulles immobilières ont encore de l’avenir. Les agences de notation américaines, au service de spéculateurs, font exploser les taux de plusieurs pays. Un peu de contagion, et ce serait le désastre pour les débiteurs et les créanciers. L’étrange monde de la finance est capable de sang-froid prédateur, mais aussi de panique. C’est même devenu un marché, un «véhicule» comme ils disent, les black swans, qui parient sur l’apocalypse financière. Plusieurs milliards y sont investis.

Peut-on vraiment croire à un avenir réjouissant avec autant de nuages à l’horizon? Il serait pertinent de tenir compte en Suisse de la situation de faillite du G7, puisque, rappelons-le, nous dépendons des autres pour notre prospérité, en particulier de l’Allemagne et de l’Asie…

Je vous souhaite un bon été, quand même, chers lecteurs. Vive l’horizon bleu de la plage, qui, le soir peut être rose, surtout si vous êtes assis sur un rocher doré, ou orageux, si le vent tourne… On verra! Dans tous les cas, le pire n’est jamais certain. Espérons que le pessimisme ambiant n’est qu’un cauchemar.

Pierre-Marcel Favre
éditeur

21/11/2010

Intégration et assimilation

FAVRE-84.jpgLors de la grande fête donnée pour les 100 ans de la synagogue de Lausanne, le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, a rappelé la différence entre les concepts d’intégration et d’assimilation. Cette distinction est essentielle car elle est au cœur du débat actuel sur les étrangers. Pour rappel, l’assimilation conduit progressivement les membres d’un groupe minoritaire à se fondre dans la culture du groupe social dominant. On peut l’associer à une forme d’acculturation. L’intégration est, de son côté, un processus par lequel les membres d’une minorité, tout en conservant leur spécificité et leur identité, adoptent les règles et respectent la culture de la société qui les accueille.

Entre la position d’une partie de l’électorat extrême, pour laquelle un bon étranger ne peut être qu’un étranger totalement assimilé, et la position de la gauche pour laquelle une société communautariste est forcément viable puisqu’elle est constituée d’êtres humains, dont les manquements sont toujours explicables, donc excusables, seule la voie de l’intégration fait vraiment sens. Or, trop souvent, soit par la faute de l’Etat, soit du fait d’individus, l’effort d’intégration est totalement insuffisant, de part et d’autre.

Prenons, tout d’abord, l’exemple de certaines communautés étrangères aisées qui, après plusieurs années passées en Suisse romande ne parlent pas un mot de français, ne lisent pas de journaux locaux, ne regardent jamais la TV suisse et vivent en vase clos avec d’autres expatriés s’exprimant toujours en anglais. Il y a là une attitude de nature coloniale, pas loin d’une forme d’apartheid culturel. J’ai même rencontré des jeunes gens ayant fréquenté trois ans une école internationale genevoise et incapables d’aligner trois phrases en français.

L’apprentissage de la langue est non seulement le premier pas vers l’intégration mais aussi une marque de respect pour le pays qui accueille. Cela contribue à éviter le rejet, voire les frictions ou la violence.

On a mis aussi trop longtemps à accepter une visibilité politique de certains immigrés. Il a fallu de nombreuses années aux gouvernements pour que ceux qui n’étaient plus à l’école soient encore intégrés et favorisés, dans tous les domaines.

Même si on peut ne pas être fan de l’armée, reconnaissons que c’est un lieu de contacts, d’échanges. La France de Chirac ne peut pas s’enorgueillir d’avoir supprimé la conscription qui amenait un peu d’égalité et d’intégration. Cela dit, il n’est pas question de dissoudre chacun complètement dans la masse. L’apport culturel, musical et alimentaire des minorités est un enrichissement indispensable. L’expression des différences n’a qu’une limite: la pratique de l’intégrisme religieux, le rejet de nos valeurs démocratiques et, osons le dire, de nos lois.

Quoi de plus beau que les rapprochements et les échanges. Je reviens d’un séjour dans le couvent bénédictin de Keur Moussa au Sénégal, en plein pays musulman. S’y côtoient des moines blancs et noirs, qui ont réussi une fusion inédite des chants grégoriens et de la musique africaine. Un magnifique message d’intégration. En espérant que là-bas, la progression de l’islamisme ne détruise pas ce bel équilibre…

Pierre-Marcel Favre
Editeur